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lundi 15 janvier 2018

Lucky Luciano, le mafieux qui a aidé les américains durant la seconde guerre mondiale


Salvatore C. Lucania, alias Lucky Luciano


Après qu’un mystérieux incendie a ravagé l’USS Lafayette, le gouvernement américain s’est tourné vers Lucky Luciano et la Mafia italienne pour surveiller les ports de la Côte Est et préparer le débarquement en Sicile : la fameuse Opération Husky.

Durant la Seconde Guerre mondiale, les États-Unis sont très préoccupés par le nombre important de citoyens américains d’origines japonaise, italienne et allemande. Ils craignent que certains d’entre eux soutiennent la cause des forces de l’Axe et puissent constituer une menace pour la sécurité nationale.

En 1942, les soupçons se portent plus particulièrement sur les dockers des ports de l’Est du pays, après que l’USS Lafayette a pris feu et chaviré dans le port de New York. Pour le gouvernement américain, il s’agit probablement d’un acte de sabotage.

L’incendie de l’USS Lafayette dans le port de New-York


Celui-ci commence à enquêter sur les nombreux dockers italo-américains vivant dans la région, mais l’opération se révèle être un échec. Le gouvernement se tourne alors vers une alliée pour le moins improbable : la Mafia.

La Navy fait appel aux services de Salvatore C. Lucania, célèbre boss de la Mafia italienne plus connu sous le nom de Lucky Luciano. À l’époque, Luciano purge une peine de 30 ans de prison pour proxénétisme à la prison de Clinton, et il accepte de coopérer en l’échange d’une réduction de peine.

Luciano s’engage à fournir des informations à la Navy et assure que les mouvements de grève seront sévèrement réprimés. Toute activité suspecte constatée dans les ports de la Côte Est est rapportée aux autorités.

Si l’efficacité de l’Opération Underworld reste encore largement débattue, il semble important de souligner qu’après 1942, aucun autre navire n’a été détruit, et aucune grève des dockers new-yorkais n’a été recensée.

Au plus fort de la guerre, les Alliés commencent à établir leurs plans pour envahir l’Italie. L’armée américaine prend rapidement la tête des opérations, et décide que le débarquement aura lieu en Sicile. Pour préparer cette opération d’envergure, elle va de nouveau faire appel à ses improbables associés : Lucky Luciano et la Mafia.

La Mafia ne porte pas vraiment Benito Mussolini dans son cœur. En effet, depuis qu’il est au pouvoir, le dictateur la combat et la pousse à œuvrer dans la clandestinité. De plus, Luciano a de nombreux contacts siciliens, capables de fournir des informations cruciales aux américains et un soutien logistique indispensable lors du débarquement.

Le gouvernement américain noue des liens forts avec les associés de la Mafia présents sur l’île, qui lui envoient des croquis détaillés et de nombreuses photographies des ports siciliens. Des informations qui vont se révéler indispensables lors de la planification du débarquement allié de juillet 1943. Trente huit jours après l’invasion, les Alliés parviennent à reprendre la Sicile, jusqu’alors aux mains des forces de l’Axe.

Certains de ces contacts siciliens choisiront même de combattre les allemands et les italiens aux côtés des forces américaines.

Pour de nombreux historiens, Luciano a joué un rôle essentiel dans la réussite de l’Opération Husky, en facilitant les contacts entre la Navy et les clans siciliens. Ce dernier allant même jusqu’à proposer de se rendre personnellement en Sicile pour participer à l’effort de guerre.

Mussolini dirige l’Italie d’une main de fer et combat la Mafia sicilienne


Les troupes britanniques lors du débarquement en Sicile, le 10 juillet 1943


D’autres, comme le journaliste et écrivain américain Selwyn Raab, se montrent plus sceptiques. Dans son livre intitulé Cinq Familles : l’ascension, le déclin et la résurgence des puissants empires de la mafia américaine, Raab suggère que la contribution du mafieux italo-américain à l’Opération Husky s’est révélée bien trop limitée pour faire une différence substantielle.

Selon l’avocat de Luciano, son client « a permis la localisation de nombreux siciliens qui ont fourni des informations cruciales à la Navy » et a aussi « collaboré durant deux ans avec le gouvernement américain pour la planification du débarquement en Sicile ».

Lorsque la Seconde Guerre mondiale s’achève le 2 septembre 1945, Lucky Luciano est toujours derrière les barreaux. Il implore la clémence du gouverneur de l’État de New-York, en mettant en avant sa contribution aux opérations Underworld et Husky.

Thomas Dewey accède à sa requête et annonce le 3 janvier 1946 que le mafieux va être libéré, mais devra quitter les États-Unis et ne jamais y remettre les pieds. Le 9 février 1946, Salvatore C. Lucania embarque à bord du Laura Keene pour l’Italie, où il finira ses jours.



Considéré comme le père du crime organisé moderne aux États-Unis, Lucky Luciano a pourtant participé à la réussite de deux opérations militaires de grande envergure, en collaborant avec le gouvernement américain durant la Seconde Guerre mondiale.

Les multiples bienfaits des étangs


Aujourd'hui, environ 90% des étangs naturels de Suisse se trouvent dans les montagnes. En plaine, la plupart des étangs sont artificiels. (Beat Oertli, HES)


A priori, un étang, ce n’est pas aussi glamour qu’un cours d'eau ou un lac majestueux. Ces petites étendues d’eau n’en sont pas moins indispensables à la biodiversité et à la santé des écosystèmes. En Suisse, les étangs naturels ont beaucoup diminué avec la montée en puissance de l'agriculture.

A 12 kilomètres à l'est de Genève, à l'école d'horticulture de Lullier, l'étang se fond si parfaitement dans le paysage que l'œil le traverse. Comme l'explique Beat Oertli, professeur d'écologie aquatique à la Haute école spécialisée de Suisse occidentale (HESSO), cet étang a été stratégiquement placé pour protéger un cours d'eau naturel qui se trouve en contrebas d'un verger de l'école: «Toute l'eau de pluie s'écoule d'abord dans l'étang, où elle est filtrée naturellement. Les recherches montrent que des étangs comme celui-ci peuvent piéger et dégrader environ 70 % des pesticides qui y pénètrent en un an.»

Mais la purification et la filtration de l'eau ne sont qu'un élément d'une longue liste de services rendus par les étangs, tant pour les humains que pour l'environnement. Ces services vont de la prévention des inondations et de l'érosion à l'habitat d'espèces menacées, en passant par l'absorption du dioxyde de carbone, principal gaz à effet de serre.

«Nous avons évalué qu'un étang peut capter autant de carbone qu'une voiture en produit en un an», précise Beat Oertli. Mais le professeur est inquiet. Ces 200 dernières années, 90% des étangs et des petits bassins en Suisse se sont asséchés ou ont été détruits, en grande partie à cause des activités humaines et de l'intensification de l'agriculture.

Réseaux d’étangs

Il est facile de sous-estimer la contribution environnementale des étangs, compte tenu de leur petite taille comparativement aux grandes ressources d'eau douce comme les lacs et les rivières. Mais comme l'explique Beat Oertli, leurs plus grands avantages écologiques découlent de l’ensemble qu’ils forment, chaque petit plan d'eau jouant un rôle clé dans un réseau plus vaste: «Dans une région, si l'on regroupe toute la biodiversité des petits étangs, il y a beaucoup plus d'espèces qu’avec les lacs et les rivières. C'est parce que les étangs sont tous très différents - ils sont comme les humains: on n'en trouve pas deux qui sont identiques.»

Un étang peut capter autant de carbone qu'une voiture en produit en un an.
(swissinfo.ch)


Et il n’y a pas que les grenouilles qui aiment les étangs suisses. Ils constituent aussi un habitat essentiel pour une variété de plantes et de poissons, ainsi que pour les castors, les musaraignes, les campagnols, les chauves-souris, les sangsues, les libellules et les pollinisateurs comme les abeilles et les serpents.

Un seul étang est également précieux, surtout en milieu urbain. «Même un étang artificiel au milieu d'une ville peut accueillir la biodiversité naturelle et fournir des services essentiels pour les humains, souligne Beat Oerli qui étudie précisément cette question. Les étangs fournissent de nombreux services pour l'aménagement paysager, la protection contre les inondations, l'éducation des étudiants et des enfants, le piégeage des polluants et l'épuration des eaux qui traversent la ville, sans compter l'irrigation des parcs et des jardins, et même la lutte contre les incendies.»

32’000 étangs

Selon le professeur, il existe aujourd'hui en Suisse quelque 32’000 étangs et petites étendues d'eau d'au moins 100 mètres carrés, soit 100 fois plus que les lacs. Au début du XIXe siècle le nombre d’étangs dépassait les 3 millions. Cette tendance à la baisse est également observée dans d'autres pays urbanisés en Europe et aux Etats-Unis.

Des étangs artificielles d'un mètre carré, comme ce prototype d'étang sur le toit de l'école horticole de Lullier, peuvent servir d'habitat à la vie des insectes, par exemple. (swissinfo.ch)


Les corridors de transport, l'urbanisation et l'industrialisation jouent tous un rôle dans la diminution du nombre d'étangs, mais on pense que l'agriculture a été le facteur le plus important de ce déclin. D'une part, les étangs sont souvent comblés ou recouverts pour faire place aux terres et aux installations agricoles. Le ruissellement des engrais est un autre facteur: l'excès de nutriments contenus dans les engrais, comme le phosphore, peut conduire à un phénomène appelé eutrophisation, qui provoque une prolifération d'algues et de plantes.

Et même si les étangs sont excellents pour filtrer les pesticides, une contamination excessive par ces produits chimiques peut nuire aux écosystèmes des étangs et les rendre inhospitaliers pour la faune et la flore.

Beat Oertli ajoute que le changement climatique aggravera probablement ces problèmes. Bien que chaque étang finisse par s'assécher dans le cadre de son cycle de vie naturel, le changement climatique peut accélérer ce phénomène, les durées de vie des étangs tendant à être plus courtes dans des conditions plus chaudes et plus riches en nutriments.

Tripler le nombre d’étangs

Beat Oertli plaide en faveur d'une double approche pour améliorer la situation: protéger les étangs restants de la Suisse et en créer de nouveaux. La préservation et la création de zones saines d'habitat et de végétation en bordure des étangs - les zones riveraines - sont également essentielles à ces efforts.

«En Suisse, sur un kilomètre carré, il y a un ou deux étangs. Ce n'est pas suffisant. Nous avons estimé que ce nombre devrait être doublé ou triplé pour maintenir la biodiversité. Le concept de réseaux est très important pour la conservation des étangs: en Suisse, certains étangs sont protégés, mais je pense que nous devons identifier et protéger les autres étangs qui comptent dans ces réseaux.»

Selon Beat Oertli, l’aménagement d'étangs artificiels est relativement simple et peu onéreux. Dans de bonnes conditions, un petit étang peut être construit pour environ 5’000 francs suisses. Même un mini étang d'un mètre carré sur un toit privé peut être un atout écologique.

Une fribourgeoise sacrée championne suprême




Du côté des grandes gagnantes du week-end, une Holstein fribourgeoise a remporté le titre de championne suprême des races laitières. Il s’agit de Rogy Goldwin Ghardaia qui appartient à l’éleveur Joe Demierre de La Joux. Longeraie Windbrook Tanga de Nicolas Tornare à Treyvaux, a brillé en tant que championne du pis des Holstein.

Parmi les championnes Red Holstein, Zaia d’Etienne et Anthony Genoud à Châtel-Saint-Denis a remporté le prix du pis. Toujours chez les rouges, Plattery Armani Brook de la ferme du Plattery à Romanens a, elle, raflé le titre de championne et de championne du pis dans le championnat intermédiaire. Enfin, La Waebera Attico Jenny de Michel Clément et fils, au Mouret, a été sacrée championne des génisses Red Holstein. Une autre génisse fribourgeoise est arrivée première de sa catégorie dans le concours des Simmental: Clos-Derrey Roman Taïga, de Christophe Rey du Châtelard.

Initiative «No Billag»: qu'allez-vous voter ?


Depuis plusieurs semaines, la campagne autour de l'initiative «No Billag» bat son plein. 
Le 4 mars prochain, le peuple suisse devra non seulement décider s'il veut arrêter de payer la redevance radio-TV mais également s'exprimer sur l'arrêté fédéral concernant le nouveau régime financier 2021.


Savez-vous déjà ce que vous allez voter?

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dimanche 14 janvier 2018

Beat Feuz; maître du Lauberhorn





Superbe Beat Feuz! Le Bernois a remporté la descente du Lauberhorn à Wengen en devançant de 0''18 le Norvégien Aksel Lund Svindal et de 0''67 l'Autrichien Matthias Mayer.

On savait qu'il aimait cette descente, Beat Feuz. Il faisait même partie des favoris de l'épreuve. Vainqueur en 2012, deuxième en 2015, le Bernois a accroché le Lauberhorn pour la deuxième fois de sa carrière. Le champion du monde en titre signe le neuvième succès en Coupe du monde, le 6e en descente.

Sous les yeux de 35'000 spectateurs, dont ceux du président de la Confédération Alain Berset, le Bernois a profité de son dossard un pour établir le chrono de référence. De la Traverse à la Tête de chien, de la Bosse à Minsch au Kernen-S en passant par le Carrousel, Feuz a dominé son sujet sur une piste immaculée.

Une carte postale parfaite



Derrière lui, on retrouve Aksel Lund Svindal, le dernier à avoir maîtrisé le Lauberhorn en 2016 puisque la descente n'avait pu avoir lieu l'an passé. Le Norvégien a donné des sueurs froides au public et à Beat Feuz. Encore en vert au dernier temps intermédiaire (0''02 d'avance), le Viking a perdu du temps sur les ultimes hectomètres de la piste. Mais il fut le seul à pouvoir contrecarrer la domination d'un Beat Feuz qui peut maintenant se tourner vers Kitzbühel sur une Streif qu'il apprécie énormément aussi.



Les autres coureurs suisses n'ont pas eu autant de bonheur que leur chef de file. Gilles Roulin a réussi une très belle course pour son premier Lauberhorn avec une 13e place à 2''00 du vainqueur après le passage de trente concurrents. Mauro Caviezel, 19e, et surtout Patrick Küng, 24e, ont en revanche déçu.


Si le résultat comble de joie le nombreux public, la carte postale est parfaite pour l'office du tourisme bernois. Pour la première fois, la course était diffusée en prime-time en Chine. Le tableau idyllique offert par le Mönch, l'Eiger et la Jungfrau en toile de fond sous un ciel bleu magnifique aura à n'en pas douter fait une publicité d'enfer pour la station de l'Oberland.


ATS

Le château de Chambord dépasse le million de visiteurs


Le domaine de Chambord a engagé depuis 2010 une profonde refonte de sa stratégie touristique avec notamment le renouvellement des commerces et la présentation de concerts, lectures et expositions, ainsi que des animations dédiées aux familles (archives)


A moins de 200 kilomètres au sud de Paris, le château de Chambord a dépassé pour la première fois le million de visiteurs l'année dernière, selon la direction du domaine. Ce domaine royal du XVIe siècle a été édifié par le roi François 1er.

Le domaine a accueilli 916'888 personnes venues visiter le château (+26% par rapport à 2016) et 133'186 amateurs d'"activités de loisir". Le président français Emmanuel Macron, venu fêter en décembre son anniversaire à Chambord, compte parmi les visiteurs prestigieux du château et a contribué à une "progression de 900% de présence de Chambord dans les médias".

L'ouverture des jardins à la française en mars et une exposition, "Georges Pompidou (président français de 1969 à 1974) et l'art, une aventure du regard", ont particulièrement attiré le public, selon le domaine. Le domaine de Chambord a engagé depuis 2010 une profonde refonte de sa stratégie touristique avec notamment le renouvellement des commerces et la présentation de concerts, lectures et expositions, ainsi que des animations dédiées aux familles.

ATS

Initiative No Billag: quels buts et quelles répercussions possibles?


Le 4 mars, le peuple est appelé à se prononcer sur une initiative demandant la suppression de la redevance pour la radio et la télévision. Pour ses promoteurs, le marché des médias deviendrait ainsi plus libre et compétitif, ce qui profiterait au public. Le gouvernement et le Parlement préconisent le rejet de l'initiative: elle nuirait, entre autres, à la qualité et à la pluralité des médias, qui sont essentielles dans un pays de démocratie directe.

Promue par les sections de jeunes du Parti libéral-radical (PLR / droite) et de l'Union démocratique du centre (UDC / droite conservatrice), l'initiative «No Billag» propose de supprimer à court terme la redevance nationale de radio et de télévision perçue par la société Billag sur mandat de la Confédération. Ce qui est en jeu, ce n'est pas l'avenir de cette société, dont le mandat expire de toute façon à la fin 2018, mais l'existence et le rôle politique, social et culturel du service public de radio et de télévision, dont l'offre dépend dans une large mesure de la redevance.

Selon les promoteurs de l'initiative, le secteur de la radio-télévision devrait être laissé aux forces du marché et les utilisateurs ne devraient payer que pour les programmes qu'ils consomment effectivement, plutôt que de devoir payer une redevance fixe. Pour le gouvernement et le Parlement, la redevance est indispensable pour assurer la diffusion sur tout le territoire d’émissions de radio et de télévision de qualité, contribuant ainsi à la cohésion d’un pays divisé en quatre régions linguistiques et culturelles.

Que demande l'initiative?

Sur la base du texte soumis au vote - qui modifierait substantiellement l'article 93 de la Constitution fédérale -, la Confédération ne pourra plus, dès le 1er janvier 2019, percevoir une redevance pour la radio et la télévision, que ce soit directement ou par l'intermédiaire d’entreprises chargées de cette tâche. L'initiative interdit également à la Confédération de subventionner les émissions de radio ou de télévision et d'exploiter des sociétés de diffusion en temps de paix.

La législation dans le domaine des médias radio-télévisés restera de la compétence de la Confédération. Cette dernière sera en outre chargée de vendre aux enchères des concessions. Toutefois, le financement de ces sociétés de diffusion ne sera possible que sur une base commerciale, dans le cadre de l'économie de marché.

L'initiative demande également la suppression du paragraphe 2 de l’article 93 de la Constitution fédérale, où sont ancrés les principes du service public en matière de radio et de télévision. Aujourd'hui, la radio et la télévision doivent:

Contribuer à la formation et au développement culturel, à la libre formation de l'opinion et au divertissement.

Prendre en considération les particularités du pays et les besoins des cantons.

Présenter les événements de manière fidèle et refléter équitablement la diversité des opinions.

Quels diffuseurs profitent des recettes de la redevance?

Les recettes sont destinées aux diffuseurs de radio et de télévision remplissant le mandat constitutionnel de service public. A l’échelle nationale, un mandat de prestations a été confié depuis les années 1930 à la Société suisse de radiodiffusion et télévision (SSR), dont swissinfo.ch fait partie. La SSR, association à but non lucratif de droit privé, dispose de 7 chaînes de télévision et 17 stations de radio couvrant les quatre régions linguistiques et culturelles de la Suisse. Dans le cadre de son mandat, la SSR est appelée, entre autres, à promouvoir la compréhension, la cohésion et les échanges entre régions, communautés linguistiques, cultures, religions et groupes sociaux.

Depuis les années 1990, une partie des recettes de la redevance est également distribuée aux diffuseurs privés avec une concession de service public. Elle bénéficie actuellement à 13 chaînes de télévision régionales et 21 stations de radio locales. Pour s'acquitter de leur mandat, ces diffuseurs doivent fournir des bulletins d’informations régionales ou locales aux heures de grande écoute. Tant les diffuseurs privés que la SSR sont de plus tenus de diffuser des communications urgentes de la police, des avertissements officiels et des instructions sur la manière de se comporter en cas de crise.

Comment sont réparties les recettes de la redevance?

En 2016, ces recettes se sont élevées à environ 1,37 milliard de francs. Sur ce total, près de 1,24 milliard ont été alloués à la SSR, tandis que 67 millions l’ont été aux radiodiffuseurs locaux et régionaux (5% du total). En octobre dernier, le gouvernement a décidé qu'à partir de 2019, leur part atteindrait 81 millions de francs par an (6%) et que la part de la SSR serait limitée à 1,20 milliard.

Au sein de la SSR, l’argent de la redevance est réparti solidairement entre les différentes régions linguistiques, afin d'offrir des programmes de qualité équivalente à l'ensemble de la population. Plus d'un tiers des revenus perçus en Suisse alémanique, la région la plus peuplée du pays, est redistribué aux trois autres régions linguistiques.



Dans quelle mesure la redevance sert-elle à financer les programmes des diffuseurs avec une concession de service public?

Comparée aux grands pays voisins, la Suisse dispose d'un marché publicitaire relativement restreint, qui se divise, en plus, en quatre régions linguistiques. Les recettes de la redevance représentent donc la principale source de financement pour les diffuseurs ayant un mandat de service public: 75% des recettes de la SSR, 53% des chaînes de télévision régionales, 67% des stations de radio locales à but non lucratif et 35% des stations de radio locales dans les régions périphériques et de montagne. La suppression de la redevance réduirait donc considérablement leur offre de programmes et menacerait l’existence même de plusieurs diffuseurs.

Combien la redevance coûte-t-elle aux ménages et aux entreprises?

A l'heure actuelle, les ménages sont tenus de payer une cotisation annuelle de 451 francs. Ce montant sera ramené à 365 francs dès 2019, date à laquelle le nouveau modèle de perception des taxes, approuvé par la population en 2015, sera introduit.

Pour les entreprises, un tarif progressif sera appliqué à partir de l'année prochaine, en tenant compte de leur chiffre d'affaires. Cela va de 365 francs pour les entreprises dont le chiffre d'affaires est supérieur à un demi-million de francs, à 35’590 francs pour les entreprises dont le chiffre d'affaires est supérieur au milliard. Sont exemptées les entreprises dont le chiffre d'affaires est inférieur à un demi-million.

Comment se présente le marché suisse en matière de radio et de télévision?

Les sociétés de diffusion suisses, qu’elles soient publiques ou purement commerciales, sont soumises à une forte concurrence étrangère, en particulier de la part des pays voisins partageant la même langue.



Cette concurrence des pays voisins est particulièrement forte dans le secteur télévisuel, qui est plus lucratif en termes de publicité: plus de 42% du chiffre d'affaires publicitaire total est aujourd'hui déjà absorbé par les diffuseurs étrangers. Dans le secteur de la radio, la SSR et les réseaux privés suisses occupent en revanche une position incontestée.



Quels sont les arguments des promoteurs de l'initiative?

Selon les promoteurs, la redevance représente une taxe obligatoire qui restreint la liberté de chaque individu et réduit son pouvoir d'achat. Chacun devrait pouvoir décider par lui-même comment dépenser ce montant pour tirer parti de l'offre médiatique ou à d'autres fins. Cette taxe pèse particulièrement sur les ménages et les personnes à faible revenu. La redevance est également perçue sur le chiffre d'affaires des entreprises et sur l'économie. La suppression de cette interdiction permettrait d'utiliser 1,37 milliard de francs par an pour stimuler l'économie et créer de nouveaux emplois.

La suppression de la redevance rendrait également la SSR plus libre et indépendante. Actuellement, elle serait trop dépendante de l'Etat, qui fixe le montant de la redevance, délivre la concession et nomme directement certains des membres de son conseil d'administration. Cela renforcerait le quatrième pouvoir exercé par les médias.

La suppression de la redevance permettrait également de créer un marché plus compétitif, libre et équitable, ce qui bénéficierait au public. La concurrence génère une meilleure qualité, une plus grande diversité et des prix plus bas. En revanche, la position dominante actuelle de SSR fausse le marché des médias au détriment des acteurs privés, qui ne bénéficient que d'une faible part de la redevance.

Les promoteurs de l'initiative affirment ne pas vouloir la fin de la SSR, mais de la redevance, qui représente à leurs yeux une relique du passé. Avec cette redevance, le gouvernement ne tient pas compte des évolutions technologiques actuelles et de la nouvelle offre numérique, qui permet aux consommateurs de visionner à tout moment des émissions en différé, de sélectionner de nouveaux réseaux de télévision payante ou d'accéder à des contenus fournis par de nouveaux distributeurs comme Netflix.

Pourquoi le Conseil fédéral demande-t-il le rejet de cette initiative?

Selon le gouvernement, cette initiative nuit à la pluralité et à la qualité des médias en Suisse. Dans un petit pays avec quatre langues nationales, la publicité et le sponsoring ne suffisent pas à financer un large éventail d'émissions de radio et de télévision de qualité équivalente dans chaque région. La suppression de la redevance serait particulièrement préjudiciable aux minorités linguistiques et aux régions périphériques, qui ne disposent pas d'un marché publicitaire suffisamment important.

Aux yeux du Conseil fédéral, cette initiative affaiblit considérablement l'offre des diffuseurs de service public chargés de promouvoir la libre formation des opinions et le développement culturel dans chaque région linguistique, indépendamment des intérêts politiques et économiques. La suppression de la redevance favorise par contre l'expansion sur le marché des médias de financiers privés et de groupes étrangers, qui poursuivent des objectifs purement commerciaux et orientent leur offre vers les intérêts majoritaires. Cela appauvrirait la pluralité des médias, ce qui est essentiel dans un pays à démocratie directe comme la Suisse.

L'initiative aurait également un certain nombre de conséquences économiques négatives. Elle entraînerait la perte de plusieurs milliers d'emplois dans les sociétés de diffusion ayant un mandat de service public et plusieurs autres entreprises partenaires, par exemple dans le secteur audio-visuel. Les recettes publicitaires seraient davantage encore soustraites du marché intérieur pour être transférées à l'étranger. En outre, l'utilisation de l'offre médiatique serait plus coûteuse pour de nombreux ménages. Les prix des abonnements à la télévision payante, par exemple pour les événements sportifs, ont tendance à augmenter et leur offre n'est pas accessible dans toutes les régions du pays.

En outre, la SSR ne pourrait plus contribuer de manière importante à la promotion de la culture et du sport en Suisse sans les recettes de la redevance. Aujourd'hui, par exemple, elle joue un rôle important dans la production cinématographique et produit des événements sportifs difficiles à financer uniquement par la publicité et le sponsoring. Les services spéciaux fournis par la SSR aux personnes souffrant de handicaps sensoriels, tels que les sous-titres ou les descriptions sonores de contenus vidéo, risquent également d'être supprimés.

Quelle est la position du Parlement?

La majorité du Parlement a suivi les arguments du Conseil fédéral, considérant qu'un affaiblissement des médias de service public constitue une menace pour la cohésion nationale et la démocratie. Cette initiative a été rejetée par le Conseil national par 129 voix contre 33 et 32 abstentions, tandis que le Conseil des Etats l'a torpillée par 41 voix contre 2 et 1 abstention. Le texte a été soutenu presque exclusivement par des représentants de l'Union démocratique du centre. Les deux Chambres ont également rejeté une proposition de l'UDC visant à réduire de moitié la redevance de radiodiffusion.




Armando Mombelli